CINÉ-RENCONTRE “TOUT VA BIEN”

Tarif unique 5€

BILLETTERIE

Rencontre avec Thomas Ellis, le réalisateur

 

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Le jeudi 5 février à 19h30, nous vous proposons une soirée spéciale autour du film “Tout va bien”, en présence de l’association SAUVEGARDE ISÈRE – accueil des mineurs non accompagnés demandeurs d’asile, et de OISANS SOLIDAIRE – accueil et soutien aux réfugiés et demandeurs d’asile.

Âgés de 14 à 19 ans, cinq adolescents ont traversé des déserts et des mers, seuls. Arrivés à Marseille, ces filles et garçons portent en eux l’espoir brûlant d’une nouvelle vie. Ils apprennent un métier, un pays, des habitudes et pour certains une langue. « Tout va bien » répètent-ils obstinément à leurs familles. Mais le véritable voyage ne fait que commencer…

ENTRETIEN AVEC THOMAS ELLIS :

Vous avez tourné ce film sur plusieurs années, comment vous est venue l’idée ?
Pendant le COVID, j’ai mis en place, un week-end par mois, avec l’aide de plusieurs associations des ateliers de jeux, d’écriture avec Alain Bourderon (acteur-metteur en scène) et Sandra Renfleit (autrice-photographe). Une centaine de jeunes ont participé à ces ateliers qui étaient un véritable sas pour eux, un moment pour ces adolescents de libérer leurs corps et leurs paroles. Ces ateliers m’ont permis de saisir quelque chose de l’ordre de l’intime et du rêve chez ces gamins.
Puis en 2021, j’ai passé des nuits à la gare Saint- Charles et dans les maraudes. Des journées, dans les hôtels et les foyers, dans les salles de classes (lycées pro et classes allophones UPE2A), au tribunal.
Je ressentais de plus en plus la nécessité de raconter leurs histoires et de leur donner une image. J’ai l’impression que lorsqu’on parle de migration, on se focalise généralement – et c’est nécessaire – sur les morts en mer ou les gens à la rue en occultant une dimension essentielle du départ : on quitte son pays parce qu’on a envie d’une vie meilleure.
Je voulais que le film raconte l’immigration autrement, à hauteur d’adolescent, faire un récit de première main.
Mais je n’avais pas encore l’autorisation de l’Aide Sociale à l’Enfance et du juge de pouvoir filmer des mineurs. Il n’y a quasiment pas de film sur les mineurs non accompagnés pour cette raison. N’ayant pas de parents sur le territoire, le respon- sable légal est le tribunal. Lorsque je demande un rendez-vous en septembre 2022, je suis reçu. J’explique que je souhaite mettre des visages sur ces jeunes inconnus aux parcours incroyables. Ces années d’immersion et le travail en ateliers ontvalidémadémarche.L’autorisationdetournage m’est accordée.

Leur quotidien semble rythmé par la phrase « Tu as un objectif », ils ont une détermination hors du commun, non ?
C’est vraiment ce qui les anime cette détermination ! Les psychiatres parlent souvent de comporte- ments ordaliques chez les adolescents. C’est le cas avec ces jeunes qui sont souvent en rupture, soit qu’ils ont perdu un parent, soit qu’ils ne s’entendent pas avec leur beau-père ou leur belle-mère. Leur départ est une sorte de fugue. Ils décident de partir et lors de ce voyage, de cette traversée, ils jouent avec leurs destins. Ils pensent : « Je risque ma vie et si je m’en sors, elle vaudra la peine d’être vécue ».
Junior avait quinze ans en 2019 et c’est l’un des premiers jeunes que j’ai rencontrés. Il était logé dans un hôtel, dans l’attente de trouver un foyer. Revenant du lycée hôtelier, il était en costume-cra- vate. Dans la salle commune de l’hôtel, il enfilait sa tenue de foot pour jouer dans un club où il faisait un essai. Il m’a dit : « Moi, de toute façon, je serai soit champion de foot, soit serveur au Plaza Athénée. » Et puis Junior, c’est un prénom, pour toujours un enfant, un fils de. Et pourtant il se construit en opposition à l’enfance. Il veut grandir vite, réussir et devenir un adulte. Mais, il a une obsession, le foot, il court derrière un ballon comme on court derrière un avenir.
C’est la détermination de ce jeune qui m’a marqué. Je l’ai vu grandir, partir au lycée, et quand nous avons démarré le tournage en 2022, j’ai su qu’il deviendrait un personnage de mon film.

Y a-t-il une situation spécifique à Marseille des mineurs non accompagnés ?
Quand j’ai commencé le projet en 2019, il y avait environ 750 mineurs non accompagnés à Marseille. Et 2000, voire 2300 en 2023. En 2025, les chiffres ont diminué. À Marseille, aujourd’hui il n’y a plus qu’un juge en charge de tous les mineurs non ac- compagnés. 600 adolescents sont actuellement à la rue en attente de recours. Marseille est sur la route. Ces gamins, la plupart du temps, arrivent par l’Espagne ou par l’Italie.