CINÉ-RENCONTRE “DIVERTIMENTO”

Le mardi 7 février à 20h, le Jeu de Paume vous propose de découvrir le métier de Chef d’orchestre, avec la projection du film “Divertimento”, et la rencontre avec Régine Théodoresco, cheffe d’orchestre et cheffe de chœur,  ancienne responsable de la classe de direction du Pôle d’Enseignement Supérieur Bretagne / Pays de Loire.

Divertimento – France – 1h50 – D’après une histoire vraie
Avec Oulaya Amamra, Lina El Arabi, Niels Arestrup
Par la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar (Les Héritiers, A Good man)

Le film : À 17 ans, Zahia Ziouani rêve de devenir cheffe d’orchestre. Sa sœur jumelle, Fettouma, violoncelliste professionnelle. Bercées depuis leur plus tendre enfance par la musique symphonique classique, elles souhaitent à leur tour la rendre accessible à tous et dans tous les territoires. Alors comment peut-on accomplir ces rêves si ambitieux en 1995 quand on est une femme, d’origine algérienne et qu’on vient de Seine-Saint-Denis ? Avec détermination, passion, courage et surtout le projet incroyable de créer leur propre orchestre : Divertimento.

Une exception dans le monde de la musique, Zahia Ziouani est devenue cheffe d’orchestre. Malgré les embûches, elle a créé son ensemble symphonique, Divertimento, avec les meilleurs musiciens qu’elle côtoie à Paris et en Seine-Saint-Denis.. Pas un projet « socio-culturel », mais avant tout un orchestre professionnel reconnu sur le plan musical… Le film raconte son histoire. Zahia Ziouani a personnellement formé la comédienne qui interprète son rôle, dans l’art de manier la baguette !

Rencontre avec Régine Théodoresco, cheffe d’orchestre et de chœur.
« Je voulais être cheffe d’orchestre. Mais, comme la plupart de mes camarades filles, je pensais que c’était un boulot de mec ! Le déclic a eu lieu lors du Certificat d’Aptitude. Nous étions six, cinq filles et un garçon, moins bon que nous. Or, c’est à lui qu’on a proposé une bourse pour aller étudier aux États-Unis.»…

 

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Depuis plus de 20 ans, l’Orchestre Symphonique Divertimento basé à Stains (93) et dirigé par une cheffe d’orchestre : Zahia Ziouani, propose à son public l’excellence artistique à travers des concerts mêlant diverses esthétiques (grand répertoire du 19ème et 20ème siècle, musique française, musique de films, musique traditionnelle, jazz, création contemporaine…). Il est régulièrement invité à se produire au sein de grandes salles parisiennes et franciliennes, festivals ou évènements d’envergures aux côtés de solistes de renom. Il touche ainsi chaque année plus de 50 000 spectateurs. En marge de ces concerts, l’OSD impulse à travers un engagement pédagogique fort la rencontre entre les publics, les artistes et l’univers symphonique en proposant des actions de sensibilisation (concert éducatif, concert famille, concert-lecture, session de Diverticlasse, rencontres, atelier participatif, conférence illustrée, plume symphonique …).

Pour aller encore plus loin, il crée en 2008 l’Académie Divertimento afin d’encourager la pratique musicale collective à destination du jeune public (débutants, élèves de conservatoires et jeunes musiciens confirmés) et la rencontre avec le répertoire de l’orchestre en leur permettant de se produire aux côtés de musiciens professionnels, sous la baguette de Zahia Ziouani.

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE :

Connaissiez-vous déjà le parcours de Zahia Ziouani et de sa soeur jumelle, Fettouma ?
Non, je l’ai découvert en lisant la première version du projet, écrite par Clara Bourreau. Leur histoire me touchait à beaucoup d’égards. Je suis moi-même passionnée de musique symphonique : mon père était pianiste et chef d’orchestre, ma grand-mère était une grande violoniste – c’est elle qui m’a appris à jouer du piano. La musique classique et les concerts ont bercé mon enfance.
Et évidemment, le trajet de ces deux jeunes filles, femmes, d’origine algérienne, vivant dans le 93 et surmontant tellement d’obstacles pour atteindre leur but m’interpellait. J’aime les histoires positives, elles donnent de l’espoir, elles sont inspirantes.

Zahia et Fettouma semblent infatigables : elles effectuent chaque jour le trajet de Stains à Paris pour suivre leurs études au lycée Racine, prennent des cours, l’une d’alto, l’autre de violoncelle, en donnent, animent des ateliers dans leur ville. Zahia dirige son orchestre tout en préparant un concours pour devenir cheffe…
Elles ont une force de caractère et un courage exemplaires. Je ne romance rien : Zahia et Fettouma ne s’arrêtaient jamais. Le film ne s’attarde pas sur les grèves de 1995 où l’on voit le père les emmener en voiture à trois heures du matin pour éviter les embouteillages et qu’elles arrivent à l’heure au lycée. Ce que je ne montre pas, c’est qu’elles faisaient aussi chaque jour à pied le trajet inverse du lycée Racine à Pantin.
Et cela ne les empêchait pas de continuer de faire partager leur passion à d’autres au Conservatoire de Stains. Elles ne voulaient pas seulement se battre pour elles ; elles voulaient aussi que les autres y arrivent ; transmettre ce que leurs parents leur avait transmis.
C’est particulier, la musique symphonique : on n’en écoute pas dans tous les milieux. Zahia et Fettouma voulaient – c’est toujours leur souhait aujourd’hui – que tous puissent y accéder. « Ça ne va pas changer le monde », dit Zahia au Maire de Stains, « mais ça peut changer les gens. ».

En plus du sectarisme lié au fait qu’elles viennent de banlieue et qu’elles sont d’origine algérienne, vient s’ajouter la misogynie des gens du sérail. Même Sergiu Celibidache, le mentor de Zahia, commence par la décourager : la direction d’orchestre, ce n’est pas pour les femmes.
Les humiliations tombent dès l’arrivée au lycée : de la part des élèves qui se moquent des pauvres, de celle du directeur d’établissement… J’ai coupé des scènes, on comprend assez. Il y avait ce professeur de mathématiques qui s’étonnait du bon niveau de Zahia : « Comment pouvez-vous être si bonne alors que vous venez de Pantin ? ».
Il y a surtout ce terrible moment où, alors que le jury a décerné à l’unanimité sa médaille d’or et son diplôme à Fettouma, son professeur, grand violoncelliste, s’y oppose ; et cet autre, où le jury du concours de chefs d’orchestre de Besançon élimine Zahia dès le premier tour. L’une comme l’autre des deux soeurs auraient pu se dire : « Ils ont raison, j’arrête tout. ».
Celibidache est plus ambivalent : pour avoir vu les filles qu’il a suivies en cours de direction d’orchestre s’écrouler au bout de deux semaines, il pense que les femmes ne sont pas suffisamment persévérantes. D’un autre côté, il est bluffé par Zahia. Avec elle, il est à la fois encourageant et violent. Il n’imaginait sans doute pas qu’elle puisse avoir en elle cette force pour continuer, malgré les cris, malgré les vexations. C’est Niels Arestrup qui interprète Sergiu Celibidache, il a la carrure, la douceur brutale mêlée de violence verbale du Maestro…

 

Pour aller plus loin et comprendre le métier de chef d’orchestre, nous vous recommandons cet interview de Nicolas André, jeune chef français, où il explique parfaitement bien ce qu’est le métier de chef aujourd’hui.